Audrey TELLIER, une leçon de vie

09 mai 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LEÇON DE VIE - Audrey TELLIER - Policière courageuse
 

Audrey Tellier, la dignité et l’honneur d’un… chef

 

Déterminée et positive malgré la maladie neurodégénérative grave qui l’affecte, Audrey Tellier a exprimé il y a quelques années le souhait de passer les épreuves d’UV de Brigadier-Chef sous la forme aménagée, comme les textes le prévoient. Une demande froidement refusée par notre administration si attachée à son confort qu’elle n’a pas mesuré qu’elle condamnait définitivement notre collègue à ne pas vivre son parcours de policière comme les autres. 

 

Aujourd’hui la maladie a tellement évolué qu’il n’est plus envisageable pour Audrey de passer les épreuves. Notre organisation syndicale, grâce à nos délégués qui la côtoient quotidiennement, touchée par cette histoire, ne pouvait laisser passer cette injustice sous silence.

 

Faire du syndicalisme c’est parfois être emporté de motivation dans le combat pour défendre ceux qui montrent tellement de courage et de force, de dévouement et de sacrifice.

 

Cette force, on la découvre dans le discours d’Audrey. Atteinte de sclérose latérale amyotrophique (*) , cette policière de 37 ans, maman de 2 enfants, travaille en brigade accidents et délits routiers à La Rochelle. Après 9 ans en passés en Seine Saint Denis, elle est mutée en 2014 avec son époux, collègue également.

 

C’est un coup d’air positif et optimiste qui pose ses valises dans son nouveau service. 

 

« Les médecins m’ont donné 3 ans à vivre. C’était il y a 7 ans. Ces années supplémentaires sont un cadeau et j’en profite pleinement. »

 

« Je ressens dans le regard des personnes que j’auditionne une sorte de remise en question d’eux-mêmes et de relativisme de leurs propres blessures. Certains me disent leur admiration même si je suis mal à l’aise avec ce mot. Ou plus drôlement, ces auteurs d’infractions routières déterminés à nier au téléphone et qui avouent dès qu’ils entrent dans mon bureau et me voient dans mon fauteuil. » 

 

L’empathie, pas la pitié

 

Audrey n’a pas envie de rester chez elle. Elle reste convaincue que travailler la maintient en vie, presque autant que l’amour de ses enfants et de sa famille. Sa capacité de résilience elle la trouve dans son caractère qu’elle a hérité de sa maman et aussi dans la normalité avec laquelle les collègues de La Rochelle lui permettent de travailler. Ils la considèrent comme l’une d’entre eux, sans distinction, ni pour sa maladie ni pour le sort funeste auquel elle renvoie.

 

 

Une normalité si prégnante qu’elle ne souhaite pas être ménagée et croule autant que les autres sous les procédures dans un service en sous-effectifs. C’est pourtant cette normalité que notre administration lui refuse en 2015, lorsqu’on lui barre définitivement la voie de la reconnaissance de son abnégation en l’empêchant d’accéder, du fait de sa maladie, aux épreuves aménagées d’UV de Brigadier-Chef.

 

« J’ai fait un long rapport explicatif soigné. On m’a répondu par un simple mail qui n’était qu’ un copier-coller de textes réglementaires. C’est horrible. »

 

Le motif évoqué dans ce courriel au relent d’indifférence pour l’humain ? Le fameux principe d’égalité entre les candidats. « Celui qui a rédigé ce mail a-t-il conscience qu’avec mon handicap le principe d’égalité est justement compromis ? Cette épisode m’a sciée. Il m’a condamnée à ne pas être comme les autres. Aujourd’hui mes mains ne fonctionnent plus, je ne peux plus tenter. »

 

Audrey insiste sur son vœu d’autrefois de prouver que rien ne doit empêcher un policier de se lancer de défi, et qu’aucun sort ne condamne à l’impossible. C’était sans imaginer cette réaction provenant d’un bureau gérant les ressources des humains placés sous sa responsabilité…

 

« Je ne demandais pas à être favorisée, juste à passer les épreuves, montrer que si mon corps est malade j’ai bien toute ma tête. » 

 

C’est toujours une affaire de volonté collective

 

Audrey travaille dans un service où règne un esprit familial. Ici, le climat et l’attrait de la région par les touristes n’effacent pas pour autant les problèmes de moyens que connaissent tous les commissariats de France. Malgré tout, on retient quelque chose d’inspiré ici. Comme si la présence de cette collègue hors norme apportait un élan, une fraternité et une solidarité supplémentaires. Des valeurs ajoutées qui méritent à elles-seules la reconnaissance du dévouement de la personne en question. 

 

« Ce serait trop facile de rester chez moi, mais nous n’avons pas embrassé ce métier pour nous faciliter la vie donc je remplirai ma mission jusqu’au bout. J’ai besoin de continuer à aider, écouter, renseigner, auditionner, faire mon travail de policier et être utile. Tout comme j’ai conscience de mes limites et que ça tourne aussi quand je ne suis pas là…. »

 

Avec la bonne volonté de la hiérarchie départementale qui n’hésite pas à casser ponctuellement sa tirelire, et un fond de compensation prévu afin de permettre l’adaptation des locaux à son handicap, le quotidien d’Audrey est facilité. Auxiliaire de vie à l’heure du déjeuner, sanitaires équipés pour permettre l’accès en fauteuil, logiciel vocal de traitement de texte, et une bonne dose de soutien de la part des collègues qui n’hésitent pas à donner un coup de main.

 

Et « l’effet fauteuil » ? Cela conduit parfois à des « maladresses ». Un malaise que l’intéressée balaye d’une main sans se laisser submergée. Comme lorsqu’elle évoque cet épisode dans son précédent service charentais-maritime. Alors qu’elle arrivait de Seine Saint Denis, la hiérarchie préviendra les collègues en ces termes « Ne vous attachez pas à la personne. C’est inutile, ça ne durera pas. » On reste sans mot.

 

Policière, épouse, mère

 

Vincent, son mari, est affecté dans le même service, en brigade de roulement. Heureusement, à La Rochelle, la police secours bénéficie du cycle de la vacation forte. « Ce régime est indéniablement une nécessité, surtout dans notre situation. Je bénéficie ainsi de week-ends réguliers auprès d’Audrey et des enfants. Le rythme apporte un équilibre impossible à avoir en 4/2. »

 

Difficile de saisir la force de cet homme qui ne laisse rien paraitre, au prime-abord, de la situation. Il s’adapte, considère à juste titre que vie privée et vie professionnelle d’un policier s’entremêlent. Et il s’efforce d’influencer la première de l’énergie nourrie grâce à la seconde. « J’apprends d’Audrey, elle me conseille. Finalement c’est elle qui prend soin des autres dont moi. Grâce à elle je suis plus patient et je laisse exprimer mon empathie en missions ». 

 

« Nos enfants sont probablement plus autonomes que la moyenne. Nous leur inculquons que tout est possible avec un peu d’adaptation. Nous voyageons dès que possible, parce que profiter de la vie et de sa famille n’attend pas » explique le couple au sein duquel règne beaucoup de complicité.

 

Courage et dévouement au quotidien. Et la reconnaissance ?

 

À la demande de notre organisation syndicale et parce que les arguments objectifs sont si évidents, Audrey sera décorée de la médaille d’acte de courage et de dévouement le 10 mai prochain par le Préfet de Charente-Maritime. Une reconnaissance légitimée par tout ce qu’elle inspire et aspire dans son engagement. Le début aussi de la réparation du préjudice d’avoir été écartée du droit à évoluer au sein de la police comme tout un chacun doit pouvoir y prétendre. Il est temps de faire évoluer les mentalité désuètes et poussiéreuses de notre système.

 

La prochaine étape, que son exemple, son dévouement, sa dynamique, cette situation exceptionnelle dans la police nationale française soient très rapidement reconnus. Celle pour laquelle le défi quotidien est « de se lever le matin » malgré l’issue funeste qui plane un peu plus chaque jour, qui ne s’écoute pas pour laisser plus temps au service des autres, ne peut pas être laissée au bord du chemin par la Police Nationale. L’ échec de la reconnaissance par la promotion serait l’ échec de l’humain. L’ échec de son avancement qu’elle veut synonyme de sa normalité et de ses capacités, cet échec serait bien plus incurable que sa propre maladie.

 

 

Comme nous disons souvent à UNITÉ SGP POLICE : Nous ne lâcherons rien ! 

 

*Communément appelée « maladie de Charcot », cette maladie neurodégénérative grave se traduit par une paralysie progressive des muscles impliqués dans la motricité volontaire. Il s'agit d'une maladie au pronostic sombre, dont l'issue est fatale après 3 à 5 ans d'évolution en moyenne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Linda KEBBAB, déléguée nationale UNITÉ SGP POLICE 

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