Des policiers dans la rue contre la condamnation de Damien

16 mars 2017

Des centaines de policiers ont manifesté ce mercredi à Paris contre la condamnation d'un collègue et contre le climat ambiant, défavorable aux forces de l'ordre.

 

«Damien, on va pas l’abandonner ! Damien est flic et restera flic !» Debout sur un camion, micro en main, Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat des gardiens de la paix UNITÉ SGP POLICE s’adresse à plusieurs centaines de policiers en civil en poste à Paris et en banlieue.

 

Dans son dos, le palais de justice de Paris, où Damien Saboundjian a été condamné en appel vendredi à cinq ans de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de port d’arme, pour avoir tué Amine Bentounsi, un fugitif armé en 2012 à Noisy-le-Sec.

 

A Bobigny, un an plus tôt, il avait été acquitté. Mais à Paris, les jurés ont estimé par au moins huit voix sur douze que la légitime défense n’était pas démontrée.

 

Un «procès à charge», avec une «présomption de culpabilité», dénonce UNITÉ SGP POLICE, seul syndicat à appeler à ce rassemblement.

 

«Il faut comprendre qu’un policier a une à deux secondes pour protéger sa vie, je n’ai pas l’impression que les magistrats le comprennent», insiste Mickaël, policier en Seine-Saint-Denis venu avec quelques collègues du 93, en repos ou sur leur «pause déjeuner».

 

UNITÉ SGP POLICE réclame la création d’un pôle de «magistrats spécialisés sur les cas d’usage de l’arme pour les forces de l’ordre».

 

Une justice d’exception pour la police ?

 

«Non, mais une justice pour des faits d’exception», nuance Yannick Landurain délégué UNITÉ SGP POLICE en Seine-Saint-Denis.

 

Mickaël, qui assure n’avoir jamais ouvert le feu en seize ans de métier, reprend : «je ne me lève pas le matin en me disant que je vais tuer quelqu’un».

 

Une grande manifestation entre les deux tours de la présidentielle ?

 

Tous dénoncent un contexte défavorable à la police, citant au premier chef «l’affaire Théo».

 

L’écoeurement affleure dans les discussions, mais la justice n’est pas seule en cause. Luc*, 44 ans, policier de la BAC à Paris rappelle qu’il a «un seul week-end de repos sur six».

 

«C’est comme dans une entreprise, compare son collègue Pierre*, même âge : il faut que les effectifs se sentent bien pour bien travailler.»

 

A l’issue du verdict, vendredi, la menace de poser les armes se laissait entendre dans les rangs de la police.

 

«Non, on ne va pas lever le pied, répond Pierre, même si physiquement, j’en peux plus et moralement c’est compliqué».

 

«Ils ont besoin d’être écoutés, soutenus et respectés par la population», estime Myriam, «administrative» auprès des policiers depuis vingt-deux ans.

 

UNITÉ SGP POLICE envisage déjà une «grande manifestation entre les deux tours de l’élection présidentielle», pour réclamer «protection et reconnaissance des policiers, de meilleures conditions de travail et une réforme de la légitime défense».

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