Violence sur des migrants: les assos accusent, la police se défend

11 janvier 2017

Salam et l’Auberge des migrants évoquent des violences policières, les forces de l’ordre réfutent.

Deux associations calaisiennes, Salam et l’Auberge des migrants s’inquiètent de la manière dont les forces de l’ordre traiteraient les migrants revenus dans la région, deux mois après le démantèlement de la Jungle. « Les vieux démons sembleraient refaire surface. Les migrants rencontrés (une quarantaine par jour) dénoncent régulièrement les mêmes faits inacceptables : chaussures dérobées, argent confisqué, façades de téléphones détériorées… », alerte Jean-Claude Lenoir, président de Salam, dans une lettre ouverte adressée dimanche aux autorités.

 

« Des accusations sans fondements »

Le président de Salam, figure respectée et écoutée par l’État avant le démantèlement de la Jungle rapporte qu’il y avait longtemps que « les migrants ne nous dénonçaient plus de tels actes » et estime qu’« un retour aux pratiques que nous croyions définitivement terminées serait inacceptable ».

De son côté, la préfecture du Pas-de-Calais évoque des « accusations sans fondement ». « Les policiers font un travail difficile et il convient de les soutenir. »

 

« La police locale et les gendarmes sont plutôt corrects, mais pas la police nationale et les CRS » François Guennoc

 

Il y a de nombreux « coups, injures, vols de chaussures ou d’argent, convoyages à 30 km de Calais pour laisser les migrants revenir à pied », renchérit François Guennoc, vice-président de l’Auberge des migrants. « La police locale et les gendarmes sont plutôt corrects, mais pas la police nationale et les CRS », tonne-t-il.

L’association a rencontré récemment entre cinq et 20 migrants par jour dans le Calaisis, dont « beaucoup de retours de centres d’accueil et d’orientation (CAO), notamment les mineurs isolés », selon François Guennoc.

Dans un communiqué au ton virulent, Médecins sans frontières (MSF) avait dénoncé samedi « la systématisation des violences policières qui, ciblent les centaines de migrants parisiens en errance dans la capitale ».

Fin 2015, les policiers avaient déjà été pointés du doigt après que le centre juridique basé dans la Jungle rapportait de nombreux cas d’agressions des forces de l’ordre à l’encontre des migrants. Un groupe d’individus qui n’avait aucun lien avec la police avait été interpellé quelques semaines plus tard.

Gilles Debove, UNITE SGP POLICE-FO : «Ces accusations sont décevantes»
Les violences policières à l’encontre des migrants refont surface… quel est votre sentiment ?

« Je trouve ça décevant… J’ai l’impression de retourner dans le passé et encore une fois, il n’y a aucune preuve. Je conçois que certaines associations aient un manque à gagner depuis le démantèlement de la Jungle mais l’image de la police est une nouvelle fois abîmée, c’est dommage. Les policiers présents dans le Calaisis font ce qu’ils peuvent, avec les moyens dont ils disposent. Il faut arrêter avec ces accusations. »

 

La pression migratoire a fortement diminué depuis le démantèlement, mais elle n’a pas disparu…

« La pression est toujours là. Au niveau du commissariat de Calais, ça se passe plutôt bien mais c’est pour mes collègues de la PAF (Police aux frontières) que ça devient compliqué avec les transferts, les reconduites… c’est difficile à gérer. Si la pression continue d’augmenter, les effectifs vont vite être dépassés. »

 

Comment envisagez-vous l’avenir concernant les forces de police ?

« Le détroit du Pas-de-Calais existera toujours et les migrants continueront de venir ici. Si on veut continuer la politique de la tolérance zéro, il va falloir augmenter les effectifs, notamment dans les rangs de la Paf. »

 

 

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