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Un budget sécurité dans un contexte de contrainte

L’examen du projet de loi de finances pour 2025 a mis en lumière les tensions entre les ambitions de la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur et la réalité budgétaire imposée par la situation des finances publiques. Les rapporteurs du Sénat soulignent que le texte budgétaire s’inscrit pourtant dans la dynamique impulsée par la LOPMI adoptée en janvier 2023, notamment en matière de moyens pour les forces de sécurité intérieure.

Pour la police nationale comme pour la gendarmerie, le projet initial prévoyait un schéma d’emplois nul en 2025. Autrement dit, les ministères ne seraient autorisés à recruter qu’à hauteur des départs, sans création nette de postes, alors que la programmation pluriannuelle fixait des objectifs de hausse d’effectifs. Les syndicats de police avaient alerté dès l’automne sur les conséquences pour la police de proximité, la lutte contre les stupéfiants et les missions d’immigration.

Les rapporteurs notent par ailleurs un effet d’éviction des dépenses de fonctionnement et d’investissement au profit des masses salariales, ce qui contredit partiellement l’équilibre recherché par la LOPMI entre effectifs, équipements et conditions de travail.

Renoncement aux créations prévues pour 2025

La programmation LOPMI prévoyait la création de 356 équivalents temps plein pour la police nationale en 2025, et de 500 pour la gendarmerie. Le schéma d’emplois nul annule ces créations pour l’exercice, en limitant le recrutement à la compensation des sorties. Les départs en retraite et les mobilités internes restent nombreux : les rapporteurs rappellent que la police nationale anticipait des milliers de sorties et des milliers de primo-recrutements, essentiellement de gardiens de la paix et de policiers adjoints.

Pour les gradés et gardiens, la traduction concrète est simple : les unités qui peinaient déjà à tenir les plannings ne voient pas de bol d’air structurel. Les directions départementales doivent composer avec des effectifs stables en chiffres budgétaires, mais en tension réelle sur le terrain, notamment la nuit, les week-ends et lors des événements sportifs ou politiques.

Le Sénat juge ce gel incompatible avec de nouvelles missions, comme le déploiement des systèmes entrées-sorties Schengen, le plan d’extension des centres de rétention administrative ou le renforcement de la lutte contre la criminalité organisée. Ces chantiers exigent des personnels formés et disponibles, pas seulement des réorganisations internes.

Ce que disent les rapporteurs sur les effectifs police

Dans le rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale sur le programme 176 « Police nationale », les rapporteurs spéciaux analysent la hausse du plafond d’emplois malgré la stagnation des effectifs nets. Ils rappellent que la trajectoire LOPMI devait absorber en 2026 et 2027 des créations plus fortes si 2025 était mis à zéro. Cette logique de rattrapage place une pression considérable sur les exercices suivants, sans garantie politique dans un contexte électoral incertain.

Les mouvements internes entre catégories d’emploi compliquent la lecture des chiffres : une partie des sorties de policiers adjoints correspond à des promotions vers le corps d’encadrement et d’application. Les tableaux budgétaires doivent donc être lus avec l’aide des organisations syndicales et des sections administratives, faute de quoi l’opinion publique croit à des effectifs stables alors que les postes de police secours restent vacants.

UNITÉ SGP POLICE FO avait demandé le maintien des créations LOPMI, arguant que les hausses d’effectifs de 2023 et 2024, bien réelles, ne couvraient pas encore l’ensemble des besoins accumulés depuis dix ans de sous-effectifs structurels.

Conséquences pour les personnels et les missions

Un schéma d’emplois nul ne signifie pas l’absence de recrutement : les concours de gardiens de la paix et de policiers adjoints continuent, mais ils servent surtout à remplacer les départs. Les jeunes lauréats arrivent dans des services déjà épuisés, parfois sans tuteur disponible, et assument rapidement des missions à forte exposition. Les risques psychosociaux, les accidents de service et les congés maladie longs aggravent alors la spirale.

Les personnels administratifs, techniques et spécialisés subissent la même tension : moins de créations de postes administratifs signifie plus de charge pour les secrétariats de direction, les gestionnaires RH et les techniciens de police technique et scientifique. Les primes et indemnités nouvelles, comme l’ISS PATS, ne compensent pas à elles seules la surcharge.

Les missions de sécurité civile, de protection des élus et de service des grands événements s’ajoutent sans relève proportionnelle. Les gradés constatent une inflation des tâches induites sans reconnaissance indemnitaire systématique, ce qui alimente le sentiment d’un service public qui demande toujours plus avec les mêmes bras.

Pistes de sortie du blocage

Les rapporteurs parlementaires proposent de réinscrire une trajectoire d’effectifs crédible dès la loi de finances rectificative ou l’exercice suivant. Les débats au Sénat ont montré un consensus transpartisan sur la nécessité de doter la police nationale de moyens humains réalistes, même si les arbitrages budgétaires globaux restent difficiles.

Du côté syndical, la bataille se mène aussi dans les commissions administratives paritaires et les instances de dialogue social : suivi des vacances de poste, transparence sur les effectifs réellement présents, refus des redéploiements qui vident la police de proximité au profit de fonctions support. Les parlementaires peuvent soutenir ces demandes en posant des questions écrites et en demandant des données chiffrées par direction départementale.

Ce dossier s’appuie sur les rapports publics du Sénat et de l’Assemblée nationale relatifs au PLF 2025. Les chiffres cités proviennent des analyses parlementaires et des documents budgétaires ; ils doivent être confrontés aux tableaux de bord internes de la direction générale de la police nationale pour toute action locale.